DOMAINE DE MONTLAUR

la demeure d'Edouard Niermans

Une histoire de famille




Bâti en 1636 par Gabriel de Barthélémy de Gramont, baron de Lanta (1594-1652), avocat au parlement de Toulouse, agrandit considérablement par la famille Mas vers 1880, le château de Montlaur témoigne de la fabuleuse prospérité de la viticulture languedocienne lorsque Edouard Niermans (1859-1928),  le célèbre architecte de la  Café Society, l'ancêtre de la Jet Set, l'acquiert en 1921. 


Ci dessus le bureau d'Edouard Niermans au Château de Montlaur vers 1930.

Edouard Niermans. Domaine de Montlaur. Gîtes de Charme. Pays Cathare.



La richesse de l'oeuvre d'Edouard Niermans et l'éclectisme de son style lié aux exigences de ses commanditaires placent cet architecte hors norme parmi les grands ordonnateurs des plaisirs architecturaux de ce que l'on nomma plus tard la "Belle Epoque". «Avec Niermans, l’architecture du XIXème siècle s’enivre et sourit » écrit l’historien Bruno Foucart.

UN EXTRAORDINAIRE MAÎTRE D'OEUVRE




Rien ne prédestinait cet architecte courtisé à s’établir vigneron au lendemain de la guerre de 14 dans le petit village de Montlaur (Val de Dagne, Aude), à quelques kilomètres de la Cité de Carcassonne que venait de réveiller Viollet-le-Duc.


«Né en Hollande par une erreur de la nature», comme l’écrit avec humour un chroniqueur du Gil Blas, Edouard Niermans compte à son actif un impressionnant palmarès avec — entre autres — l’Hôtel Négresco à Nice, l’Hôtel du Palais à Biarritz, l’Hôtel de Paris à Monte Carlo, le théâtre et le casino de Chatel Guyon... ainsi que la Brasserie Mollard, le Moulin Rouge, le Casino de Paris, les Folies Bergères, les Capucines, l'Elysée Montmartre, le théâtre Marigny à Paris où il édifia trente-deux salles de spectacle.


Ami d’Auguste Renoir, de Théo Van Gogh — le frère de Vinvent—, de l'affichiste Jules Chéret, du peintre Félix Ziem, de l'architecte Charles Garnier, Edouard Niermans épouse en 1895, Louise Marie-Héloïse Dewachter (1871-1963), une ravissante jeune belge de 24 ans.

Sœur du peintre postimpressionniste Isidore Louis Dewachter (1872-1946) connu sous le nom de Louis Dewis, Louise Marie-Héloïse est héritière des magasins à succursales multiples Dewachter dont le fleuron est alors celui de la rue Sainte-Catherine à Bordeaux. De leur union naîtront deux garçons, Jean et Edouard et une fille, Hélène.


Ci-dessous, de gauche à droite, Hélène, Jean et Edouard

NICE, LA CALIFORNIE, LA VILLA DES EUCALYPTUS



De plus en plus nombreux, ses chantiers sur la Côte d'Azur, contraîgnent l’architecte à quitter Paris. En 1909 il s'établit avec sa famille à Nice où il se fait construire, chemin de Carras, dans la partie ouest de la ville appelée la Californie, un véritable petit palais néo-classique : la Villa des Eucalyptus, qui abritera également son agence. Le Négresco, le palace des palaces, dont le 4 janvier 1913 les fastes de l’ouverture devant un parterre de têtes couronnées allaient défrayer la chronique, sort à peine de ses cartons…

Le Moulin Rouge



En 1902, Paul Flers, le nouveau propriétaire du Moulin Rouge, charge Edouard Niermans de transformer le fameux bal en salle de spectacle. L'architecte arase l'ancien bâtiment en conservant le moulin écarlate et bâtit en trois mois un nouvel édifice dont il effectue les aménagements et le décor. La nouvelle salle compte 2200 places réparties en un parterre, des balcons, de loges, un large déambulatoire pouvant contenir jusqu'à 1500 personnes ainsi qu'un  restaurant permettant de dîner en regardant les revues à grand spectacle. Comparables à celles de l'Opéra, les dimensions de la scène offrent une formidable liberté de création. L'été, l'ensemble s'ouvre sur un jardin.

EDOUARD NIERMANS, achitecte vigneron



1914-1918. La guerre vient mettre un terme à la fête. Au lendemain du conflit le plus meurtrier de l’histoire contemporaine, les affaires s’avèrent difficiles. Les fortunes se sont affaiblies. Le monde a changé. Proche du tzar, membre de la diaspora russe parisienne, Nicolas Raffalovich, l’investisseur pour lequel Niermans a effectué en 1905 les aménagements de la station thermale de Martigny-les-Bains dans les Vosges, se voit - nous sommes au lendemain de la révolution russe - dans l’incapacité d’honorer le montant des travaux. En dédommagement il propose à son architecte le Domaine de Montlaur aquis en 1919 en compensation  de  dettes de jeux contractées par le dernier des Mas  au Casino de Monte-Carlo. Nicolas Raffalovich ne connaitra pas véritablement le Domaine de Montlaur. Il n'y séjournera jamais.

Sans alternative, l’affaire est conclue en 1921: par jeu de hasard, Edouard Niermans devient propriétaire du Domaine de Montlaur qui compte alors plus d’une centaine d’hectares de vignes et de céréales. «C’est mieux que rien» jugea Louise Marie-Héloïse, son épouse.





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Louise Marie-Héloïse Dewachter (1871-1963), sœur du peintre postimpressionniste Isidore Louis Dewachter (1872-1946) connu sous le nom de Louis Dewis, épouse en 1895 l'architecte  Edouard Niermans.

Portrait vers 1900 signé Paul Gervais.



Commence pour l'architecte une aventure inattendue qui va changer le cours de son existence. Cédant peu à peu les rênes de son cabinet d’architecture à ses fils Jean et Édouard, tous deux architectes — qui travailleront sous le nom des Fères Niermans — l’infatigable bâtisseur se passionne pour la viticulture. Il se plonge dans les traités d’œnologie, construit des cuves de béton, fait venir des tombereaux d’acier sur vérins d’Algérie, plante, modernise l’exploitation. À l’entrée de la propriété, l’immense cave gardée par deux piliers de pierre surmontés de deux barriques témoigne encore de l’importance passée du domaine.


Sous l’impulsion du nouveau propriétaire, le domaine reprend son souffle. Mais bientôt la maladie rattrape Edouard Niermans qui s’éteint le 19 octobre 1928 au château de Montlaur où il séjourne les dernières années de sa vie.


Aujourd'hui le Domaine de Montlaur est la propriété des petits-enfants d'Edouard Niermans.


Lire: Edouard Niermans, architecte de la Cafe Society, par Jean-François Pinchon, introduction par Bruno Foucart. 335 pages. EditionMardaga.