LE NEGRESCO

Henry Négresco et Edouard Niermans, magiciens de palaces



Par Marianne Niermans


Le 4 janvier 1913, les fastes de l’inauguration du Négresco défrayent la chronique. Le palace «au luxe sans égal», fruit de la volonté d’Henry Négresco, un ancien maître d’hôtel roumain, et du talent de l’architecte d’origine néerlandaise Édouard Niermans, fait son entrée dans le monde devant un parterre d’«hivernants» choisis de la Café Society, l'ancêtre de la Jet Set. Quatre mois après son ouverture le palace affiche des recettes d’un million de francs. L’avenir de l’hôtel semble tout tracé. Henry Négresco respire… un an seulement.


Le 12 septembre 1914, l’hôtel est affecté en hôpital militaire complémentaire sous le matricule n° 15. La guerre vient de mettre un terme à la fête emportant avec elle le monde oisif et fortuné qui «s’amusait de poudroiement d’or et d’espaces sans fin», pour lequel le Négresco avait été bâti. Au lendemain du conflit, «le palais des temps présents» n’est plus que l’ombre de lui-même. Cédé en 1920 à un groupe belge, l’hôtel se voit par la suite amputé de la moitié de ses chambres vendues en appartement.


Racheté en 1957 par Jeanne et Paul Augier, le palace reprend son souffle et retrouve son âme. Mais si l’allure extérieure du l’hôtel demeure inchangée, la vie qui s’y déroule ne ressemblera plus jamais à celle qui avait été la sienne. Même si on y croise de nouveau tout ce que le monde compte de célébrités venues rêver de fastes périmés. Ironie du sort, le palace qui a vécu – tel qu’il avait été conçu – à peine deux saisons d’exploitation, restera dans la mémoire collective l’incarnation de cette Belle Époque qu’il a si peu connu.

      

Rare survivant d’un temps révolu, né de la rencontre de deux hommes venus d’ailleurs, Henry Négresco et Édouard Niermans, le gigantesque vaisseau de style néoparisien marquera à jamais le paysage urbain de Nice. Au point que le palace mythique deviendra au fil du temps l’objet architectural emblématique de la ville.

L'univers proustien du gotha




Que de chemin parcouru! Fils d’un aubergiste roumain, Henry Negrescu – il francise son nom en Négresco – naît à Bucarest en 1868. À 15 ans, violon à la main, il décide de sillonner l’Europe pour se former aux métiers de l’hôtellerie: l’Allemagne, la Belgique, l’Autriche, Paris, Monte-Carlo, Londres… De ses voyages et de ses emplois successifs, il acquiert une solide formation doublée d’une parfaite maîtrise d’une demi-douzaine de langues. Polyglotte, gravissant un à un les échelons, il devient tour à tour commis de restaurant, chef de rang, maître d’hôtel, pour accéder au stade suprême de directeur d’établissement. Fort de son expérience, Négresco décide en 1900 de s’installer définitivement sur la Côte d’Azur, rendez-vous incontournable de la Café Society, clientèle élitiste et fortunée d’Europe et des États-Unis

Maître d’hôtel, puis directeur du Hedler à Monaco, il navigue avec aisance dans l’univers proustien du Gotha. Princes, grands-ducs, aristocrates, mais aussi milliardaires américains – Rockefeller, Vanderbilt, Singer ou encore Basil Zaharoff, le célèbre trafiquant d’armes – ne sauraient se priver de ses services lorsqu’il s’agit de composer un menu, choisir un vin ou une liqueur. À l’instar des grands hôteliers tels César Ritz ou Henri Ruhl, Henry Négresco est passé maître dans l’art de se rendre indispensable auprès de ses clients, prévenant leurs moindres désirs avec discrétion. «Négresco était un homme mondialement connu dans l’hôtellerie de luxe, un peu à l’image de Monsieur Ritz. Dans sa conversation, il savait trouver les mots justes et amicaux pour recevoir les grands dignitaires et les monarques. Sans être obséquieux, il savait les charmer. Il complimentait les femmes chargées de bijoux et de brillants dont l’élégance des robes indiquait les maisons de haute couture. D’apparence il était affable. Rond, de moyenne corpulence, il s’habillait avec raffinement chez les plus grands couturiers et tailleurs de Paris. Son visage racé n’aurait pas été remarqué si ses yeux foncés n’avaient pas été pleins d’intelligence et de malice. La première fois que je l’ai vu, il sortait d’une superbe limousine, un chauffeur respectueux casquette à la main lui ouvrait la porte. Il avait une démarche impérieuse qui montrait bien l’importance qu’il donnait à sa personne.» note dans ses mémoires Jean Niermans, (1897-1989), fils aîné d’Édouard Niermans, Premier Grand Prix de Rome, architecte en chef des Monuments nationaux.



QUAND L’ARCHITECTURE S’ENIVRE


En 1904, fort de sa réputation de savoir gagner, satisfaire et garder cette clientèle aussi exigeante que changeante, le précieux maître d’hôtel, décrit par un échotier comme «un homme élégant, affable, d’une beauté grecque, aux yeux de velours noirs aussi conquérants que sa moustache, qui sait aussi jouer de sa voix chaude teintée d’un léger accent» est appelé à prendre la direction du restaurant du Casino Municipal de Nice. Édifié en 1882 place Masséna, ce gigantesque bâtiment (aujourd’hui détruit) vient de faire peau neuve. Orchestrée par Édouard Niermans, l’architecte du moment, la réhabilitation de son Cercle Privé figure parmi les événements mondains qui ponctuent la vie du microcosme d’hivernants fortunés résidant à Nice pour la saison froide. «Que c’est frais ! Que c’est gai !» s’exclame-t-on admiratif devant l’exubérance du décor Art Nouveau de la grande salle de jeu. Célébré dans les gazettes, couvert de commandes, apprécié de ses clients et de ses commandataires dont il assure la réussite, Édouard Niermans, «artiste polymorphe né en Hollande par une erreur de la nature» comme le dépeint avec humour un chroniqueur du Gil Blas, figure parmi les grands ordonnateurs des plaisirs architecturaux de l’époque. Novateur inclassable, «serviteur de l’esprit du temps dans sa version ludique» cet ancien élève de l’École polytechnique de Delft, né le 30 mai 1859 à Enschede, compte à son actif un impressionnant palmarès: le Moulin Rouge, les Folies Bergères, l’Olympia, le Casino de Paris, les Capucines, Marigny, l’Élysée Montmartre, le salon de thé Rumpelmayer (l’actuel Angelina), la brasserie Mollard, le café Riche, le Brébant, les casinos de Biarritz, de Trouville, de Chatel Guyon, l’Hôtel du Palais à Biarritz, le Pyrénées Palace Hôtel de Luchon, celui de Madrid, de Fontainebleau, d’Ostende… Et bientôt le nouveau visage de l’Hôtel de Paris à Monte-Carlo et les studios de la Victorine à Nice. L’historien Bruno Foucart écrit: «avec Niermans, l’architecture du XIXe siècle s’enivre et sourit

Cette même année 1904, Édouard Niermans décide de quitter Paris pour s’installer définitivement avec sa famille à Nice. En 1909, il se fait construire chemin de Carras, dans la banlieue ouest de la ville appelée La Californie, une somptueuse maison qui abritera également son agence: la villa des Eucalyptus. «Il était arrivé par la force du poignet à cette situation. Dans les journaux, des articles élogieux consacraient son talent. Mon père artiste, l’âme voyageuse impénitente, avait le goût de son métier. Il aimait la perfection dans tout ce qu’il faisait. Cette villa des Eucalyptus était pour le couple l’aboutissement d’une grande réussite, d’une belle union.» Jean Niermans, Mémoires.


Le rêve azuréen d'Henry Négresco




Depuis longtemps Henry Négresco caresse l’idée d’ouvrir le plus bel établissement de la Côte, un hôtel palais, un palace comme il s’en bâtit alors sur cette Riviera que l’on invente à coup de constructions éclectiques qui n’ont rien de méditerranéenne «mais qui toutefois vont s’intégrer parfaitement au paysage de bord de mer au point d’en devenir l’image de référence. La carte postale par excellence.» écrit Gilles Roberto (Mémoire d’un DEA préparé à la faculté des Lettres de Nice). La rencontre d’Henry Négresco avec Édouard Niermans va sceller ce rêve et marquer à jamais le paysage urbain de Nice. Au point que le gigantesque vaisseau de style néo-parisien va devenir au fil des ans l’objet architectural emblématique de la ville. «Je pense que toutes les activités de mon père, ses réussites dans les grands hôtels, étaient arrivées aux oreilles de ce personnage et que celui-ci l’avait convoqué pour cet hôtel de très grand luxe qu’il avait l’intention d’édifier,» Jean Niermans, Mémoires.



LE BOUT DU MONDE

Aussi curieux que cela puisse paraître, le choix de l’implantation de l’hôtel se porte sur une parcelle de 6 500 mètres carrés en bordure de mer, loin du cœur de la station de villégiature, à proximité du palais Masséna, le long de la toute nouvelle Promenade des Anglais, qualifiée alors de «bout du monde». Le pari est audacieux. Un véritable défi aux usages niçois. Le tourisme est alors hivernal et la tradition veut que les palaces s’enracinent dans le quartier aristocratique par excellence de Cimiez, sur les hauteurs de la ville, loin de la Méditerranée, à bonne distance de la mer et de la Baie des Anges.

En 1906, tandis que l’on crie à la folie, Niermans élabore l’ébauche d’un projet ambitieux: un établissement offrant la synthèse de ce qu’un client fortuné peut attendre de luxe et de confort, conjuguée aux facilités d’exécution souhaitées par un directeur d’hôtel. Le plaisir, chose sérieuse, mérite d’intenses réflexions. Pour ce faire, l’architecte et son commanditaire travaillent en parfaite entente: Négresco, qui sait les impératifs d’un service parfait, annote et corrige au besoin les plans de Niermans, lequel animé d’une rigueur absolue, porte la même exigence aux salles de réceptions qu’aux cuisines, clefs de voûte des plaisirs de la table. «Monsieur Négresco cherchait tout spécialement la possibilité d’aménager une grande cuisine avec un office pour desservir non seulement la salle à manger mais les chambres de l’étage. Il voulait aussi le service d’approvisionnement et de stockage. Très souvent, il venait regarder l’avancement des avant-projets qui jour après jour prenaient une forme définitive, approuver les conceptions de mon père, corriger dans le détail certains points techniques qui sont les suites logiques d’un pareil palace. Tous deux sortaient du bureau, je voyais par leurs figures souvent souriantes que le projet prenait forme. Et le contentement précieux de ce spécialiste multimillionnaire, parfumé et élégant, qui demandait par-dessus tout un service impeccable. L’animation des Eucalyptus alors augmentait. Le bureau de dessin fournissait à longueur de la journée de nouveaux calques.» Jean Niermans, Mémoires.


La recherche de la perfection et le goût de l’excellence habitent les deux hommes. Ensemble ils parcourent Paris, Londres, Bruxelles, Berlin, traquent les établissements de luxe, auscultent le Ritz, le Savoy, le Claridge’s, l’Automobile Club, le Waldorf, le Cecil, le Métropole. Là, mètre en main, ils mesurent la largeur des couloirs, des chambres, des salles de bains, notent les aménagements, critiquent ou apprécient les différentes commodités offertes à la clientèle. L’architecte relève cependant: «je dois vous avouer très facilement que je n’ai pas vu grand-chose d’intéressant que je ne connaissais déjà. Les nouvelles chambres du Savoy Hôtel ont seules retenues mon attention, elles sont bien comprises et l’on a préconisé des armoires dans l’épaisseur des murs. […] En général, au point de vue organisation du service, je trouve que tous les hôtels sans exception, même le Ritz, laissent beaucoup à désirer. Je n’ai en somme vu aucune concentration logique et utile d’un service quelconque, soit comme cuisines et dépendances, soit comme caves ou parties administratives. […] Il importe surtout que le contrôle au point de vue administratif soit pratique ou concentré et facile, et je vous avoue que j’ai constaté avec une grande satisfaction personnelle que mes confrères avaient toujours négligé cette partie vive de l’exploitation d’un hôtel, qui est cependant de première importance. La plus belle montre de la Terre, sans un mouvement bien compris, est une mauvaise montre







L'IMPOSANT EDIFICE SORT ENFIN DE TERRE


Reste le financement de l’opération. En 1900, à Enghien, où il vient d’acheter le restaurant du Casino, Négresco fait la connaissance de Pierre Alexandre Darracq, rentier, cofondateur d’une entreprise de moteurs d’aéroplanes et de la firme automobile Darracq-Talbot. Le restaurateur sait intéresser le financier à son projet qui accepte de le soutenir en se portant principal investisseur. Mais l’affaire s’avère délicate. Négresco demande à Niermans de prendre une part active aux négociations du terrain. De son côté Darracq charge l’architecte non seulement de rédiger une étude financière sur l’exploitation d’un hôtel de luxe de 450 chambres, mais aussi de la défendre auprès des banques créditrices. «Ses diverses actions dépassent de beaucoup le simple rôle d’un architecte» souligne Gilles Roberto. Niermans télégraphie à Négresco: «vous confirme dépêche et je pense que tout sera arrangé bientôt. Je vous dirai de vive voix combien ceci a été laborieux et difficile surtout parce que j’étais seul à lutter, le pauvre Nunès (avocat de Négresco) étant toujours malade au lit. Il a approuvé tout ce que j’ai fait et chose extraordinaire c’est que je suis tombé d’accord avec le notaire. […] Ai vu vendeur qui accepte également mes propositions. Je dois le revoir demain pour lui faire accepter six cent cinquante francs à la signature, trois cents à quatre mois et trois cents en trois annuités. Suis très fatigué de tout ceci et serais heureux d’en terminer pour rentrer. Amitiés.»


Pierre Alexandre Darracq et Marcel Roubaud, propriétaires des soufrières de Marseille, fondent la Société Immobilière de la Côte d’Azur (S.I.C.A.), une société civile immobilière propriétaire dès sa constitution du terrain, et Henry Négresco, une société au capital de 1 111 000 francs ayant pour objet l’exploitation de l’hôtel. Restent que les difficultés liées à l’acquisition du terrain et au montage financier retardent la mise en œuvre du chantier. Il faut attendre septembre 1911 pour qu'enfin, les premières fouilles commencent contrariées par de lourdes pluies et les absences répétées des manœuvres. L’architecte note: «les travaux ont pris une activité plus grande et celle-ci sera augmentée de beaucoup à partir des premiers jours d’octobre. Nous avons actuellement les ouvriers et surtout les terrassiers, sans exception, occupés par les vendanges et aussi par le fameux Saint-Michel qui joue un grand rôle ici.»
Maître d’œuvre selon la grande tradition, Édouard Niermans donne cohérence et unité au bâtiment, le concevant dans ses moindres détails, des rampes d’escalier aux luminaires, des boutons de porte à la verrière du grand salon. S’érigeant en véritable chef d’orchestre, il dirige et coordonne les différents corps de métier, maçons, charpentiers, couvreurs, ciseleurs, staffeurs, tapissiers, verriers, ferronniers, bronziers… et ordonne à des artistes de son choix des peintures et des sculptures qui viendront embellir l’édifice. Ainsi il confie à Paul Gervais la réalisation de la toile monumentale venant orner le Salon Royal,  "L’embarquement pour Cythère" où Madame Négresco figure sous les traits d’une plantureuse vénitienne. Ami d’Auguste Renoir, Jules Chéret, Félix Ziem et Theo Van Gogh, Niermans ne mélange pas les genres quant à la réalisation d’œuvres à vocation décorative.
Menés de main de maître, les travaux avancent rapidement. L’emploi du ciment armé, nouveau matériau à prise rapide, offre un gain de temps considérable. Quelques mois plus tard l’imposant édifice sort de terre. Épousant la forme d’un vaste losange de 5 245 m2, l’ensemble du bâtiment s’articule sur cinq niveaux autour du spectaculaire Salon Royal que vient coiffer une immense verrière elliptique. Magistral, cet espace fait office de circulation et de salon mondain où l’on peut voir et se faire voir.

Jusqu’en 1921, l’accès principal se fait côté ville à l’arrière de l’hôtel par un hall monumental orné de colonnes ioniques flanqué d’un imposant escalier d’honneur (partie de l’hôtel revendue en appartements dans les années quarante). Tandis que, abritée par une élégante marquise et couronnée du fameux dôme rose, l’actuelle réception de la Promenade des Anglais est alors secondaire. «Mon père établit des contrats avec différentes entreprises, étudia toutes les concurrences pour obtenir les meilleurs prix dont le total ne devait pas dépasser l’estimation. Si tout cela allait marcher de façon parfaite, c’était grâce au talent et à la volonté de mon père. C’était lui le cerveau créateur d’une œuvre unique, Monsieur Négresco étant l’animateur, directeur des programmes, contrôleur de tous les détails techniques de l’organisation du plus grand palace de la Côte d’Azur.» Jean Niermans, Mémoires.

Le Négresco, temple incontesté de la villégiature




La construction du palace s’accélère. Négresco s’affaire à recruter son personnel qu’il veut tant irréprochable que hors pair, principalement en ce qui concerne la cuisine. Ainsi réunit-il les grands chefs du moment dans une brigade d’exception qui façonnera comme nulle part au monde, une table à l’opulence raffinée servie selon un brillant cérémonial par un personnel de salle discret d’une extrême obligeance. La grande hôtellerie d’alors est une corporation cloisonnée. Sollicités dans le monde entier, les chefs cuisiniers naviguent au fil des saisons de palaces en palaces, de Londres à Buenos Aires, de Lausanne à Biarritz. «Durant la saison 1912-1913, devait avoir lieu un événement considérable dans le monde hôtelier: l’ouverture à Nice de l’Hôtel Négresco. Cette naissance devant revêtir un lustre tout particulier, il avait été décidé, luxe et suprême raffinement, que pour cette première saison en cuisine, les postes de chefs de partie (saucier, entremétier, rôtisseur, grillardin, poissonnier, potager, pâtissier…) seraient tenus par des chefs de cuisine connus et confirmés. Tous les chefs de l’époque intriguaient bien sûr pour faire partie de cette brigade hors du commun que l’on ne pourrait jamais plus réunir, c’était certain, et la lutte fut chaude. Mon père (Jean Litschgy, un chef renommé) obtint cependant le poste de chef poissonnier. Il en fut extrêmement fier.» Émile Litschgy, La vie des Palaces, Éditions TAC Motifs.


Reste que le 1er novembre 1912, la date prévue de l’inauguration ne peut être retenue. Service oblige, la demande de M. Gurney, un Américain qui a réservé une suite pour Noël 1912, est néanmoins satisfaite: le client réveillonnera au milieu des plâtres dans un appartement spécialement aménagé pour lui.
Deux mois plus tard, le 4 janvier 1913, le « palais des temps présents » fait son entrée dans le monde en compagnie de sept têtes couronnées — dont la reine Amélie du Portugal —  et un parterre d’« hivernants » choisis de la Café Society. L’inauguration tant attendue est à la mesure des rêves d’Henry Négresco dont la devise se résume à «faste, luxe et prodigalité». On s’extasie devant l’ampleur du Salon Royal (le grand hall elliptique de style Louis XVI), la fraîcheur de sa verrière, le luxe de ses aménagements. On vante les statues de bronze de Tarnowski (démontées pendant la Seconde Guerre Mondiale), le bar américain, les fresques monumentales de Paul Gervais et d’Hippolyte Lucas. On chante le raffinement du mobilier Louis XV et Empire signé Paul Dumas des 420 chambres. On rêve devant les proportions de la salle à manger (600 m2) qui, sous six mètres de hauteur de plafond, occupe au rez-de-chaussée la totalité de la façade qui regarde la mer…. et enfin le prix exorbitant de l’immense tapis de savonnerie du Salon Royal dont le coût s’élève à 300 000 francs, soit un dixième de la totalité des dépenses… Seul Roland Garros ronge son frein. L’aviateur n’a pu atterrir sur le toit de l’hôtel. Édouard Niermans s’y étant opposé. L’historien Pierre Gouirand écrit: «le palace est un mythe, un lieu magnifique, un temple où se célèbre un culte inconnu où tout objet est anobli.»


Révolutionnaires, les nouveautés techniques et le luxe inégalé des installations ravissent visiteurs et chroniqueurs: chaque chambre est dotée d’une antichambre, d’une salle de bains privée, de doubles cloisons, de doubles portes pour une parfaite isolation, et de téléphones particuliers. Des commutateurs électriques sont à portée de la main et un service pneumatique permet la distribution de courrier par tube dans chacune des chambres. Cinq chaudières à vapeur installées sous le niveau de la mer pourvoient au chauffage de l’hôtel. La stérilisation des eaux se fait par rayons ultraviolets. Mais le plus étonnant reste le nettoyage par le vide effectué par une turbine centrifuge reliée à toutes les parties de l’hôtel par le moyen de soixante-dix-sept raccords permettant d’aspirer milles cubes d’air à l’heure. «Ce fut la soirée des hommes vaniteux. Un service courtois et empressé accompagnait une ambiance de joie et de gaîté mélangée. Mon père et ma mère, qui y assistaient, ne pouvaient être qu’au sommet de leur bonheur, comblés par la réussite de ce dernier chantier exécuté dans un temps aussi court. Le lendemain de l’inauguration, nous vîmes arriver devant notre maison, une superbe limousine que mon père avait commandée. C’était un cadeau pour ma mère.» Jean Niermans, Mémoires.



UNE FABULEUSE SAISON HIVERNALE

La première saison du Négresco s’annonce brillamment. D’emblée, ce «caravansérail de luxe» devient le lieu où il faut être et se montrer. Les «hivernants» — à ne pas confondre avec les «éphémères» dont le séjour ne dépasse pas deux mois — répondent présents aux offres de lancement de l’hôtel qui propose prudemment un tarif réduit sur les chambres donnant sur la mer. La saison hivernale 1912-1913 est déjà avancée. D’autant que l’usage veut qu’elle débute fin novembre par le fameux carnaval de Nice, pour se clore début mai et que la clientèle séjourne de l’hiver au printemps dans le même établissement. La concurrence est sévère et la Café Society, que les palaces niçois s’arrachent, capricieuse. Il convient de la séduire et de se l’attacher en écartant au mieux le spectre de l’ennui, inconcevable pour cette société qui cultive à plus soif l’entre-soi, où princes, grands-ducs, aristocrates, grands industriels et mondains s’allient aux nouvelles et fabuleuses fortunes d’outre Atlantique.
Divertir, satisfaire les demandes, aller au-devant des désirs, la qualité du palace se jauge à son service et à sa table dont l’apparat, la composition des menus, l’opulence des plats, la finesse des vins se veulent sans égal. Déjeuners, thés, dîners rythment les journées tandis que les soirées qui se déroulent en grand cérémonial, robe du soir pour les femmes, habit pour les hommes, offrent tout son sens au paraître.
«Les fastes de la première saison, la qualité de la clientèle, la richesse des dîners de gala se succédaient dans une atmosphère de luxe peut-être encore jamais réalisée. Vers la fin de la saison cependant, un grave litige allait opposer Jean Litschgy, mon père, à Monsieur Négresco. Celui-ci, « originaire du restaurant » aurait souhaité la présence de vin blanc dans la bouillabaisse alors que mon père se refusait obstinément à modifier « sa » recette, jugeant cette présence contraire au bon goût et à toutes traditions culinaires. Jean se souvenait bien, d’ailleurs, de son été aux Sablettes, il y avait déjà huit ans de cela, où ce plat méridional faisait la gloire du Grand Hôtel. La polémique dura plusieurs jours. Partisans et adversaires du vin blanc discutaient ferme… Le grand Escoffier, dans son guide culinaire, édition 1907, reconnaissait lui-même que «l’unité de vue et d’exécution est encore à se faire pour la bouillabaisse». Même s’il y indiquait cette recette «à la Parisienne» où intervenaient six décilitres de vin blanc… Il était cependant clair et précis: «pas de vin blanc dans la bouillabaisse à la Marseillaise !»… mais Monsieur Négresco avait un faible pour la bouillabaisse à la Parisienne… Il insistait… Un autre que mon père sera sacrilège, car le soir même, après le service comme le voulait la bienséance, il «rendit son tablier» et se retira. On ne badinait pas alors avec sa fierté professionnelle.» Émile Litschgy, La vie des Palaces, Éditions TAC Motifs.
Hors les murs du palace, la vie est immuablement réglée. Nice, ville de villégiature par excellence comme le suggère les  superbes affiches de la PLM, offre son chapelet de distractions: carnaval, casinos-théâtres, musique, spectacles, corsos fleuris, réceptions dans les folies mauresques ou néo-gothiques, excursions en bateau… sans compter les sports «aristocratiques» tels le Lawn-Tennis, le tir aux pigeons, les courses de chevaux et la toute nouvelle aviation qui, en 1914, donnera à Nice son premier grand meeting aérien et son premier aérogare signé là encore Edouard Niermans.
Puis, début mai, après une brillante saison hivernale, la Côte désertée, entre en léthargie. Un à un les grands établissements ferment leurs portes. Suivant un rite immuable, les tapis sont roulés, les rideaux décrochés, les meubles recouverts, le linge et l’argenterie comptés.
A la veille de sa fermeture, le 31 mai 1913, l’Hôtel Négresco accuse plus d’un million de recettes. Le bilan de la première saison dépasse toutes les espérances: 200 000 francs de bénéfice. Le maître d’hôtel roumain respire… un an seulement. Le 1er août 1914, à 4 heures de l’après-midi, tous les clochers de France sonnent le tocsin, annonçant la mobilisation générale. Deux jours plus tard, le 3 août, la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France vient mettre un terme à la fête.



Détails de la  fresque monumentale du Salon Royal intitulée "L'embarquement pour  Cytère" peinte par Paul Gervais. Au centre, habillée en vénitienne, l'épouse d'Henry Négresco.

1914. La guerre met un terme à la fête




«Il fallut tout de même se rendre compte que «c’était la guerre», quand on aperçut le 2 août 1914 dans la jolie ville parfumée de Nice, les affiches de mobilisation générale en même temps que «la Générale» aux sons graves et émouvants se faisait entendre», sous-lieutenant Astruc.

    12 septembre 1914. La guerre qui vient à peine de commencer fait rage sur tous les fronts. Les pertes sont considérables entraînant l’évacuation de centaines de blessés sur Nice et la réquisition des palaces. Comme l’Impérial, le Ruhl ou le Winter Palace, le Négresco, dont les fastes de l’ouverture résonnent encore dans toutes les mémoires, est affecté à son tour en hôpital militaire complémentaire sous le matricule n° 15. Le Petit Niçois écrit: «de nombreux blessés sont arrivés à Nice cette nuit encore. Un train en a amené 250 à une heure du matin; un deuxième train 250 à 2 h 45 et un troisième train 355 à 5 heures. Les uns arrivent des Vosges, les autres de Belgique, où ils ont pris part aux combats de Neufchâteau, les autres des bords de la Somme et de l’Oise… Le nombre des blessés n’est déjà plus en rapport avec les ressources de nos hôpitaux militaires. Et d’autres convois sont annoncés. Comment va-t-on faire face à une situation déjà particulièrement difficile ? Il nous semble qu’il serait temps de songer qu’il existe à Nice d’autres hôtels que ceux utilisés jusqu’ici par l’autorité militaire."


La Belle Époque n’est plus, emportée par le conflit le plus meurtrier de l’histoire contemporaine. Temple de la villégiature niçoise, le Négresco ouvre une page sombre de son histoire à laquelle le palace n’est pas préparé. «Aux cuisines, là où on a installé les tables d’opération, c’est déjà le trop-plein. Les chirurgiens pataugent dans le sang. Quand ils approchent de la table, les estropiés, ceux qui en ont la force, se mettent à gueuler. Ils se débattent jusqu’au moment où l’infirmier leur plaque le masque d’éther sur le visage. Ils gueulent de peur, ils gueulent de douleur, ça remonte dans les étages, le salon de thé, la salle de musique, les couloirs où on a enlevé les tapis de luxe pour que les chariots roulent mieux et les protéger du désastre. Les grands hôtels: le Majestic, le Ruhl, le Négresco, l’Alhambra, le Grand Hôtel, le Regina, l’Impérial, le Continental, le Royal, l’Hermitage ont dû s’habituer à la misère humaine, aux amputations, au sang qui se répand, aux odeurs. Dès août 1914, les hôpitaux du Nord et de l’Est n’avaient plus de place. Les derniers clients ont bouclé leurs valises, on a entassé le mobilier, les commodes Empire, les chaises Louis XV, les causeuses XVIIIe dans le jardin, abrités de la pluie et du vent par de simples bâches.» Raoul Mille, Le Parfum d’Helena, Albin Michel, 2009.




Pris dans la tourmente, Henry Négresco, le bâtisseur du rêve azuréen auquel il a donné son nom, fait preuve de patriotisme et de dévouement. Mobilisé sur place, l’hôtelier reste aux commandes de son établissement en tant qu’administrateur-économe, tandis que sa fille tient le poste de bibliothécaire. L’homme entend ainsi veiller sur son palace. Mais pour l’heure, l’ancien maître d’hôtel roumain s’affaire et met tout en œuvre au service des victimes. «On avait préparé pour les blessés des lits dans les chambres des hôtels réquisitionnés, mais aussi dans les halls, on donnait à ces salles le nom des héros du moment : ainsi le grand hall du Négresco se nommait Nicolas II, mais il y avait également les salles Albert 1er et Joffre. Les gradés partageaient une chambre à deux ou trois, cela dépendait des arrivages du front.» Ralph Schor, Nice pendant la Première Guerre mondiale 1914-1918, mémoire D.E.S., université d’Aix-en-Provence, 1963.


Le palace est déserté. Marmitons, cuisiniers, garçons d’étage, bagagistes, réceptionnistes sont appelés sous les drapeaux ou retournent en hâte dans leur pays d’origine en Italie, en Suisse ou en Allemagne. Une soixantaine de personnes, aides-soignants, infirmières, brancardiers investissent le gigantesque vaisseau commandé par le médecin-chef Massier, aide-major de première classe, que secondent les médecins volontaires Faraut et Jays. La métamorphose du palace est totale. La conduite d’Henry Négresco exemplaire. N’offre-t-il pas de payer de ses propres deniers l’entretien de cent lits? Reste que devant l’ampleur du conflit, le rêve de l’hôtelier s’effrite. Sans doute ne peut-il pas s’empêcher de penser à ce monde qui bascule. À cet hôtel qu’il voulait le plus bel établissement de la Côte et dont il a confié la réalisation à Édouard Niermans, l’architecte le plus courtisé de cette Belle Epoque. À la réussite annoncée de sa prestigieuse maison, comme en témoigne l’exceptionnel bilan des deux premières années d’exploitation. À cette nouvelle saison hivernale qui s’annonce, et qui ne sera pas. Aux emprunts considérables qu’il a contractés et auxquels il devra bientôt faire face.


«Les villes, comme les êtres, ont une âme qui se modifie, se forme et se déforme selon les circonstances. […] J’ai quitté Nice ville de plaisir, je la retrouve camp retranché. Nice n’a pas d’industrie, pas de commerce, pas d’université, elle a son soleil, ses fleurs, son ciel bleu, ses fêtes. Hier, c’était un jardin de beauté où se promenait une foule d’oisifs. Aujourd’hui, elle est encore parée de fleurs, inondée de soleil, mais elle a perdu sa frivolité, elle s’est adaptée. Partout elle est sillonnée de soldats. […] Les hôtels autrefois pleins d’étrangers riches recueillent des réfugiés belges. […] Nice a perdu son luxe parfois de mauvais aloi, son clinquant, sa frivolité. […] Plus tard, la sanglante tragédie terminée, quand une foule cosmopolite se pressera sur ses promenades, quand le Carnaval secouera ses grelots, qui sait si je ne regretterai pas la Nice grave, attristée, courageuse, que j’aurais vue pendant la guerre.» Renée Tony d’Ulmès.

Epilogue




25 septembre 1915, un an après sa réquisition en hôpital militaire, le Négresco est déréquisitionné. Le Petit Niçois écrit: «l’autorité militaire accède aux désirs des organisateurs de la saison et accorde qu’un dixième des lits soient déréquisitionné, mais sous réserve que les vides seraient immédiatement comblés par de nouvelles réquisitions
À Nice, quatre hôtels, le Riviera, le Winter Palace, le Ruhl et le Négresco sont ainsi libérés. Mais seuls le Ruhl et le Riviera peuvent de nouveau être exploités. Il est trop tard — la saison commence en novembre —pour remettre le Négresco en état de fonctionnement dans des conditions normales d’ouverture. Comme beaucoup de grands établissements, l’hôtel a souffert de l’usage auquel il n’était pas destiné. Une remise en état des installations s’impose. Le palace rouvre ses portes un an plus tard pour l’hiver 1916-1917. Mais les clients se font rares. Les deux dernières saisons de guerre se révèlent de cuisants échecs. La Grande Guerre a tourné la page de ce monde qui s’amusait de «poudroiement d’or et d’espaces sans fin». Au lendemain du conflit, la reprise difficile de l’activité touristique pousse Henry Négresco à se séparer de l’hôtel de ses rêves. Sa clientèle n’est plus. Grands-ducs et aristocrates russes ont sombré dans la tourmente de 1917. Les Allemands qui comptaient pour la majeure partie des hôtes étrangers ont fui la Côte d’Azur en 1914. Ils ne reviendront que beaucoup plus tard. Reste enfin que la vieille hôtellerie compassée et solennelle que Négresco menait à merveille n’est plus au goût de la génération qui s’annonce. Épuisé, l’hôtelier meurt ruiné, miné par un cancer, à Paris le 14 mai 1920, à l’âge de 52 ans. Loin des lumières de son palace qui porte toujours son nom sur les bords de la Méditerranée.
Pour certains établissements, la fracture de la guerre s’avère sans appel. «Jamais ne revint pour eux la joyeuse saison du renouveau, de la réouverture.» Pour d’autres, beaucoup d’autres, la crise des années trente se chargera de les achever. Commence alors le dépeçage des grands palaces de la Côte d’Azur avec leur mise en vente par appartements et celle de leur mobilier, linge, verrerie, argenterie par adjudication in situ. À Nice, l’Excelsior, le Régina Palace, le Magestic, le Parc Impérial, l’Alhambra, le Winter Palace, l’Hermitage, le Grand Hôtel, le Cosmopolitan, le Ruhl… ces gigantesques navires, abritant pour certains plus de six cents chambres, fermeront leur porte ou seront détruits, disparaissant à jamais du paysage niçois. Construits dans l’euphorie d’une époque insouciante pour une société riche et oisive qui se pressait l’hiver sur le rivage de la Méditerranée, ces fleurons de «l’hôtellerie de séjour» sombreront avec elle.

Les fortunes sont affaiblies, les commandes architecturales se font rares. Contraint de réduire son important train de vie, Edouard Niermans se défait en 1917 de sa villa des Eucalyptus. Il est bientôt temps pour lui de céder la main à ses fils, Jean et Edouard, architectes tous deux. D’autant qu’en 1921, l’ancien magicien des formes a reçu le domaine viticole de Montlaur, dans l’Aude, en compensation d’honoraires impayés pour des travaux entrepris pour la Société fermière de Martigny-les-Bains dans les Vosges. Infatigable, l’architecte s’attelle à sa nouvelle tâche et se passionne pour la viticulture, résidant de plus en plus fréquemment dans sa nouvelle demeure — aujourd’hui propriété de ses petits-enfants où sont conservés les souvenirs de son œuvre — où il s’éteint, à soixante-neuf ans, le 19 octobre 1928.
En 1920, «la maison de Négresco» est cédée à George Marquet, président de la Société des grands hôtels belges, et propriétaire de nombreux palaces dont le Claridge à Paris. Mais les modes ont changé. Le succès escompté n’est pas au rendez-vous. En 1948, le palace se voit divisé en deux établissements: le Négresco dont les chambres regardent la mer et le Mondial, plus modeste, donnant de l’autre côté sur la ville. Une décennie plus tard, l’ensemble survit à grand-peine lorsque Jeanne et Paul Augier s’en portent acquéreurs en 1957. «L’établissement était au bord de la faillite. Les façades arrière du bâtiment avaient été vendues en appartement. Il ne restait plus que celles de la Promenade des Anglais. Sans entretien, face à la mer, c’était une catastrophe,» note Jeanne Augier. Sous l’impulsion de ses nouveaux propriétaires, le Négresco reprend son souffle et retrouve son âme. Mais si l’allure extérieure du palace — qui, hormis les salons du rez-de-chaussée, a été amputé de la moitié de ses chambres — demeure inchangée, la vie qui s’y déroute ne ressemblera plus jamais à celle qui avait été la sienne. Inadaptée à la demande, la salle à manger de 600 mètres carrés est transformée en un salon Versailles, deux salles à manger et deux salles de congrès.
La vie reprend. Enrichi d’œuvres d’art et de mobilier d’époque, le palace s’offre des allures de musée de l’Histoire… On y croise de nouveau tout ce que le monde compte de célébrités venues rêver de fastes périmés. Rare survivant toujours en activité d’un temps révolu, le Négresco entre dans la légende. Classé au titre des Monuments historiques par l’Arrêté du 13 juin 2003, l’hôtel Négresco s’inscrit comme le miroir d’un style de vie et marque le couronnement de la carrière fulgurante de deux hommes «venus d’ailleurs», Henry Négresco et Édouard Niermans. Curieusement, ce «palais des temps présents», restera dans la mémoire collective, l’incarnation nostalgique de cette Belle Époque qu’il a si peu connue. Jean Cocteau se plaisait à dire : «J'aime cette maison, elle est de l’époque où les façades et les femmes se faisaient des permanentes. »