DOMAINE DE MONTLAUR

l'histoire des lieux

Les TRANSFORMATIONS du château




Sur le plan du parc érigé vers 1880 pour Paul Mas, propriétaire à l’époque du domaine, le château apparaît coiffé d’un toit à la Mansart en ardoise qu’ornent d’imposantes lucarnes de plomb venant ajouter un étage à l’édifice.
La région, véritable Eldorado du vin, connaît alors un essor fabuleux. Rivalisant de splendeur, les châteaux poussent comme des champignons. Le paraître est à son comble. On se doit de bâtir riche, grand, imposant. Comme le sera l’étonnant bâtiment (54 mètres de long sur 8 mètres de large) qui comprend le groupe scolaire et la mairie de Montlaur aux proportions dignes d’un hôtel de ville que fait édifier en 1902 Paul Mas, alors maire du village, sur un terrain qu’il offre à la commune.

Grand bâtisseur, l’élu-châtelain poursuit ainsi son œuvre. Ne vient-il pas d’agrandir considérablement l’ancienne demeure bâtie en 1636 par Gabriel de Barthélémy de Gramont de Lanta (1594-1652) en la surélevant de deux étages et la dotant d'escaliers d’honneur, de salons de réceptions, de galeries, de terrasses? Et de couronner en 1878 le clocher de l’église du village d’une flèche recouverte d'ardoises? Ainsi, la mairie, le château, l'église, aux couvertures d’ardoise si peu audoises mais si chères à Viollet-le-Duc qui vient de réveiller la Cité de Carcassonne toute proche, forment un tout.
En mauvais état et jugée inesthétique, la toiture à la Mansart du château sera remplacée dans les années cinquante par une couverture en tuiles canal jugée plus en harmonie avec l’architecture régionale. Seule la tour ouest conservera son revêtement d'ardoise en mémoire du passé… et en hommage à la famille Mas qui orna l’escalier d'honneur du château d’un blason entouré de faux, de fourches, de grappes et d’épis de blé  évoquant la vocation agreste du domaine et fit aménager le parc qui s’inscrit parmi les grandes réalisations paysagères de l’époque florissante de la viticulture du Languedoc.



Des allées d’oliviers, des chemins ombragés bordés d’Ophiopogon Japonicus, des arbres remarquables, pins Sapo, tilleuls, noyers d’Amérique, cyprès majestueux évoquant l’Italie… hors du temps, le lieu invite à la rêverie. Au fond du parc, venant clore la spectaculaire allée de platanes d’Orient — plantée dans l’axe de la salle de billard du château pour être vue du premier étage de la demeure — une statue de Bacchus rendait autrefois hommage au travail de la vigne.
Créé à la fin du XIXe siècle, l’ensemble du jardin n’a depuis subi que peu de transformations, la piscine ayant été construite à l’emplacement d’un bassin jamais exécuté.

(Photos vers 1925)

LE PAVILLON DU RÉGISSEUR ET LA MAISON DU VILLAGE



Nombre de bâtiments faisaient partie du Domaine de Montlaur. Construit en 1900, le Pavillon du Régisseur situé à l’entrée de la propriété était la résidence du chef des cultures qui dirigeait l’ensemble du domaine. Régisseur dit «à canne», il administrait, distribuait et contrôlait le travail des «gagés», veillant avec autorité au bon déroulement de la récolte et de la vinification. Pour lui, point de sécateur, ni de bêche, ni de hotte… mais une canne.
De l’autre côté de la route, «la Maison du Village», un ancien ramonétage, accueillait les familles des «gagés» et des «ramonés», les personnes qui prenaient soin des chevaux. Construite au XVIIe siècle avec en partie, comme la plupart des maisons du village, les pierres du fort médiéval de Montlaur autour duquel le village s’est formé, elle abrita la cave de "Moussié" (monsieur), la première cave du domaine. Sur la façade sud, un arc en pierres appareillées figure l’ancienne ouverture des chais. Déposée à l’étage, la récolte tombait directement dans des foudres de chêne.

C’est là que par la suite furent logés les vendangeurs. Là aussi que vécut Élise, la jardinière du château qui ratissait les allées du parc en maudissant les marrons qui ne cessaient de tomber.
Face à «la Maison du Village», l’étrange tour crénelée faisait autrefois partie des dépendances de la propriété qui comprenaient — entre autres — les bâtiments qui la jouxtent, les anciennes écuries. Aux pieds de ce curieux édifice, château d’eau du domaine, tournait continuellement un âne qui actionnait une pompe acheminant l’eau d’un puits jusqu’à un réservoir situé au sommet de la tour. Ce dernier alimentait par gravité le premier étage du château ainsi que la cave et le circuit hydraulique enterré du parc permettant l’arrosage du jardin et de l’ancien potager (aujourd’hui terrain de boules et lotissement de la commune). L’électricité remplaça les ânes, puis l’adduction d’eau, le château d’eau.

Montlaur un peu d'Histoire




La légende dit que le village de Montlaur, «mont des lauriers», tient son nom des victoires de Charlemagne sur les Infidèles. Mais ces lauriers vieux de plus de douze siècles sont trop anciens pour être vrais. Reste que le village, fief de l’abbé de Lagrasse, a été est construit autour d’un fort bâti vers 1170 sur l’ordre de Pierre-Roger de Trencavel, vicomte de Bézier, de Carcassonne et d'Albi.

Tombés quelques années plus tard dans l’hérésie cathare, le seigneur de Montlaur est  pourchassé par Simon de Montfort qui s’empare de la place forte en 1210. Un siècle encore, la forteresse à la double enceinte n’est plus qu’un souvenir que les guerres de Religion achèvent. Enfin en 1632, le baron de Moux et ses deux fils ralliés au gouverneur du Languedoc, le duc Henri II de Montmorency (qui soutient Gaston d'Orléans dans sa cavale contre son frère, le roi Louis XIII), assiègent le bastion de Montlaur resté fidèle au roi et à l’abbé de Lagrasse. Des boulets perdus atteignent l’église édifiée en 1399. Le clocher s’abat sur la sacristie.

L’année suivante on réparera les dégâts de la guerre. Trois plus tard, Gabriel de Barthélémy de Gramont de Lanta (dont la famille s'alliera à celle de Pierre-Paul Riquet, le bâtisseur du Canal du Midi) reconstruira l’église en place de l’ancien cimetière et la dotera de deux chapelles (les deux autres datent de la Troisième République). En témoignent la clef de voûte de l’édifice qui porte la date de 1636 et l’inscription «Vive le roy» taillée dans un écusson. La guerre était finie, on employa les pierres du fort à rebâtir la Maison de Dieu et la population s’installa hors les murs, profitant du mouvement de démolition de la citadelle pour construire granges et maisons.

Les Frères Niermans et la chapelle Saint Michel



En 1921,  à la mort d'Edouard Niermans, Jean, Premier Grand Prix de Rome et Édouard, tous deux architectes, poursuivirent l'œuvre de leur père. Reprenant son cabinet d’architecture  sous le nom des «Frères Niermans» ils bâtissent ensemble l’Hôtel de Ville et le groupe scolaire Marius Jacotot de Puteaux, le théâtre du Palais de Chaillot, les salles de concert de la Maison de la Radio à Paris et l’Hôtel de ville d’Alger.

Au retour de son séjour de Rome, à la Villa Médicis, Jean Niermans signera la fresque figurant «Saint Michel terrassant le dragon» de la chapelle Saint-Michel dans l’église paroissiale de Montlaur dédiée à Sainte Eulalie que Gabriel de Barthélémy de Gramont de Lanta édifia en 1636 dans l’espoir d’une descendance. Le ciel exauça les vœux de cet homme pieux et ceux de son épouse Anne de Malacoste. La même année ils eurent une fille qu’ils prénommèrent Noble Jaquette pour qui ils firent bâtir le château de Montlaur. Rendant grâce à Dieu, la chapelle Saint-Michel de l’église de Montlaur est depuis dévolue au Domaine de Montlaur.